jeudi 25 février 2016

Shimehiro Nishikawa, une artiste qui transmet le Nihon-buyô en France

Ce week-end, la danseuse Shimehiro Nishikawa était à la Maison de la Culture du Japon à Paris (MCJP), pour animer une conférence sur l’influence du Nihon-Buyô sur la littérature Japonaise, ainsi qu’un atelier d’initiation à la Danse traditionnelle Japonaise.

La conférence “Du Nihon-Buyô au Roman” portait sur le personnage de Wan.ya Kyûemon. Riche commerçant d’Osaka, aussi connu sous le nom de Wankyû, il aurait vécu au XVIIe siècle et se livra à d’extravagantes dépenses par amour pour la courtisane de haut rang Matsuyama, au point qu’il finit par mourir ruiné et atteint de folie.

Cette histoire devient rapidement populaire, d’abord adaptée en chanson elle se répand à travers l’archipel avant d’être transposée sur les planches du théâtre kabuki… devenant de ce fait incontournable, elle inspira beaucoup d’artistes de l’époque dont le romancier Ihara Saikaku (1642-1693) qui rédigera Wankyû issei no monogatari (Vie de Wankyû) ou le peintre Utamaro avec son estampe Wankyû et Matsuyama. Depuis, l’histoire continue de fasciner et fournira la matière de pièces de théâtre jôruri (spectacle de marionnettes ancêtre du bunraku), comme elle constitue le sujet de la très célèbre pièce de musique et de danse Ninin Wankyû, dans laquelle Matsuyama apparaît à Wankyû en songe. Cette figure à la fois tragique et haute en couleur de Wankyû est un symbole de la culture populaire de l’époque Edo.

Wankyû et Matsuyama de Kitagawa Utamaro – 1798

Le problème des conférences à la MCJP, c’est qu’aussi passionnantes soient elles, les places sont bien souvent très limitées. Alors, pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister ce week-end à la conférence et à l’initiation au nihon-buyô avec la danseuse Shimehiro Nishikawa, nous profitons de l’occasion pour vous présenter cette artiste incontournable de la scène japonaise, qui oeuvre depuis des années à en promouvoir la danse traditionnelle en France.

L’artiste Shimehiro Nishikawa (Aya Sekoguchi de son vrai nom) promeut en France le nihon-buyô, la danse traditionnelle japonaise issue du théâtre kabuki, au travers de ses diverses activités aussi bien artistiques (par ses représentations de danses), que par la formation pédagogique (cours de danse et d’habillement en kimono) ou la recherche (conférence, publications…). Son ambition, inspirée de sa recherche philosophique sur la danse, vise à créer une esthétique novatrice et interculturelle à travers un dialogue entre la tradition japonaise et l’art contemporain.


Shimehiro Nishikawa lors de la représentation “Shimehiro Nishikawa avec ses musiciens” en 2014 – Photographie de Patrick Berger
Biographie: Née à Fukuoka (sur l’île de Kyûshû au Japon), Aya Sekoguchi a commencé l’apprentissage du nihon-buyô à l’âge de 7 ans au sein de l’école Nishikawa. C’est en 1981 à Tôkyô, que maître Senzô Nishikawa Xe du nom, le directeur de l’école de danse et “Trésor national vivant”, lui a attribué le nom de scène de Shimehiro Nishikawa.

En 1998, Shimehiro Nishikawa s’installe à Paris afin d’apprendre la philosophie occidentale. Elle a approfondi sa réflexion philosophique sur le théâtre et la danse japonaise à la lumière des penseurs français tels que Deleuze, Bergson ou Merleau-Ponty dans un mémoire de D.E.A. (sous la direction deChristine Buci-Glucksmann). Elle poursuivra ensuite son interrogation sur le sujet dans sa thèse de doctorat dirigée par Augustin Berque, qui a été publiée sous le titre « La fleur et le néant – L’empreinte de Zeami dans l’art japonais » (2016), et qui lui permis d’obtenir la qualification aux fonctions de Maître de Conférences.

Shimehiro Nishikawa ne se contente pas de disserter au sujet de la danse, elle s’investit corps et âme pour son art, produisant également des spectacles en France et en Espagne (entre autres). Ceci l’a conduite à collaborer avec des artistes contemporains dans le court-métrage Labrys diffusé lors des Nuits Blanches de 2010. Puis elle réalise en 2011 une création résolument moderne et audacieuse Kabuki-kabuku ou danse traditionnelle côtoie musique électroacoustique et projection vidéo. Le spectacle a ensuite été présenté lors du Festival Son Miré en 2011, puis aux Journées Nationales de l’Electroacoustique au CRR d’Amiens en 2012.

Plus tard, elle met en scène la représentation “Shimehiro Nishikawa avec ses musiciens” qui eut lieu en avril 2014 à l’auditorium du Musée Guimet. Un spectacle qui revient sur les origines du Buyô, dans laquelle elle interprète les grands classiques de la danse Kabuki tels que Fuji-musume(1826) et Kyôkanoko Musume Dôjôji (1753). Afin de pouvoir monter un spectacle de qualité, elle n’a pas hésité à mettre en place un financement participatif via la plate-forme Kisskissbankbank, ce qui a lui permis de faire venir spécialement du Japon trois musiciens virtuoses membres du groupe TOU-ON-ka, spécialistes de la musique traditionnelle japonaise (chant et shamisen). En 2015 elle interprète le rôle de la danseuse Sada Yakko dans le film La Danseuse, qui a été tourné à l’Opéra Garnier, et dont la sortie est prévu pour la fin 2016. 

Toujours portée par une démarche généreuse d’échanges interculturels, elle dirige actuellement l’Association Zea qui à pour objectif de promouvoir le Nihon-buyô ainsi que le port du kimono en France. Elle propose notamment des cours de danse traditionnelle japonaise et d’habillement dans le Marais, ainsi que des représentations pour divers événements et des spectacles d’élèves.


La danse de Shimehiro Nishikawa a quelque chose d’envoûtant qui nous plonge dès son entrée sur scène au cœur du folklore japonais et de ses mythes. Même si en France nous ne connaissons que peu les grands classiques du théâtre kabuki et ses personnages emblématiques, on est emporté dans cet univers au temps suspendu, et au fur et à mesure des mouvements de la danseuse l’on se surprenant à rêver d’un Japon ancestral dont on ignore tous les codes, mais dont on suppose déjà les enjeux. Bien que vêtue de lourds kimono, la danse de Shimehiro Nishikawa par sa fluidité de mouvements dégage une réelle impression de délicatesse et de grâce. Et malgré un visage impassible et tout de blanc fardé, c’est par le travail et l’expression du corps que l’artiste parvient à nous transmettre toute une palette d’émotions très intenses, qui nous fait prendre conscience que peu importe l’origine ou la culture, le langue du corps à quelque chose d’universel !

Shimehiro Nishikawa lors de la représentation “Shimehiro Nishikawa avec ses musiciens” en 2014 – Photographie de Patrick Berger

Et si l’on peut regretter de ne pas avoir pu assister aux événements de ce week-end, nous pouvons espérer qu’avec la volonté de faire connaître le nihon-buyô en France qui anime Shimehiro Nishikawa, nous aurons certainement d’autres occasions pour admirer les talents de l’artiste (dont nous ne manquerons pas de vous informer).

Et en attendant, nous vous proposons de faire plus amplement connaissance avec l’univers de la danseuse aux travers d’extraits de son spectacle“Shimehiro Nishikawa avec ses musiciens” et “Kabuki-Kabuku”

mercredi 24 février 2016

Un défilé de Kimono lors de la Fashion Week de New-York

Voici un défilé qui a étonné le monde de la haute couture américaine ! Après un défilé qui avait remporté un vif succès lors de la Fashion Week de septembre 2015, la créatrice Hiromi Asai a présenté cette fois-ci une collection d’une trentaine de pièces entièrement dédiée au kimono, le 16 février dernier lors de la Fashion Week new-yorkaise. 


Passionnée par le vêtement traditionnel de son pays d’origine, Hiromi Asai a travaillé comme “habilleuse de kimono” pour les séances photos, les magazines, et la publicité. Elle a également mis en scène et produit de nombreux défilés de mode où les kimono faisaient déjà une apparition, comme le défilé de Miami. Mais c’est au printemps 2015 que germe l’audacieux projet de créer un défilé pour la Fashion Week qui mettrait en avant le kimono. Elle lance alors en juin de la même année la campagne de financement participatif « To Save Kimono Artisans » via Kickstarter. Intimement convaincue que le kimono recèle une forme d’universalité, Hiromi Asai a l’ambition de faire découvrir au monde entier la modernité et les possibilités du kimono bien au delà des frontières culturelles et ethniques.


Afin de créer un défilé de qualité, elle s’est associée à l’organisation Kimono Artisan Kyoto, qui regroupe à Kyoto les divers artisans maîtrisant les techniques ancestrales nécessaire à la fabrication des kimono. Ces savoirs-faire, comme les différentes techniques de teinture du kimono, de peinture sur soie, de broderie, de tissage, etc., sont aujourd’hui entrain de se perdre. En effet, le marché du kimono est au bord de la crise : d’une part ses artisans vieillissants peinent à trouver des successeurs à qui transmettre leur savoir, et d’autre part les jeunes générations se détournent du vêtement traditionnel au profit de la mode occidentale, ne réservant plus le port du kimono que pour les grandes occasions.


La création de ce défilé a donc été l’occasion de renouer avec une tradition vieille de plus de 1000 ans, tout en écrivant un nouveau pan de l’histoire du kimono, qui espérons le saura séduire plus largement le timide public occidental déjà existant. Ceci permettrait à ces belles professions artisanales de pouvoir continuer à perdurer.

Toutes les photos du défilé sont visibles sur le site de: Shawn Punch Fashion Photography

mardi 23 février 2016

Un musée du kanji va ouvrir à Kyoto

A Kyoto dans le célèbre quartier de Gion, un musée entièrement dédié aux kanji devrait ouvrir ses portes fin juin.


Ce musée a été créé à l’initiative de la Japan Kanji Aptitude Testing Foundation, le fameux groupe chargé d’annoncer chaque année le kanji de l’année, choisi par les Japonais pour symboliser l’an qui s’est écoulé.

Les visiteurs pourront apprendre tout un tas d’informations sur les kanji dans une atmosphère ludique et interactive. S’il y aura des jeux d’énigmes et des puzzles avec les idéogrammes, leurs sens et leurs multiples lectures, l’attraction mémorable du lieu sera certainement l’immense tour de dix mètres de haut, entièrement recouverte de 50.000 kanji imprimés dans différents styles des calligraphies. Le kanji de l’année élu devrait également être mis à l’honneur dans le musée. Enfin, une bibliothèque sera située au deuxième étage.

Notons au passage que le siège de la Japan Kanji Aptitude Testing Foundation devrait prendre ses nouveaux quartiers au sein du musée, dont l’ouverture est prévue pour le 29. Et si la fondation n’a pas encore fixé le tarif d’entrée du musée, l’un de ses représentants déclarait mardi dernier auJapan Times qu’ils avaient déjà l’ambition d’attirer 200 000 visiteurs par an, avant d’ajouter « Nous espérons que le musée sera un endroit où les gens pourront en apprendre davantage sur la culture des kanji japonais »

Voici donc un lieu qui s’annonce d’ores et déjà comme une visite incontournable pour tous les amoureux de l’écriture japonaise.

Article rédigé pour le site Japan Lifestyle

vendredi 19 février 2016

JLS # 4 - Article Butô

Et voici le deuxième article concernant la danse Butô. Un article qui me tenait tout particulièrement à cœur puisque j'ai pratiqué le Butô (ainsi que la la danse traditionnelle japonaise) il y a quelques années. Une pratique qui me manque beaucoup et que j'aimerais pouvoir reprendre un jour! 




Fait amusant je suis tombée en écrivant l'article sur deux vidéos qui avaient été prises lors des cours de Juju Alishina, vous y reconnaîtrez peut être un petit Camélia apprenant à danser ;)
(et ce devait être parmi mes tous premiers cours de butô! )

Vidéo 1 & Vidéo 2 

Enfin si vous voulez voir les photos en plus haute définitions pour parcourir le texte : Rendez-vous ici 

J'espère que ces articles vous auront plus, et que j'aurais d'autres occasions d'écrire pour la revue. En attendant vous pouvez retrouver mes brèves quasi quotidienne sur le site web de Japan Lifestyle 

mercredi 17 février 2016

JLS # 4 Article Yurei

Je profite de ma subluxation du pouce qui m'empêche de peindre pour rattraper mon retard sur le blog. Et je me rends compte qu'avec le début de l'année mouvementé que nous avons eut ici, j'avais complètement oublié de vous partager les articles que j'avais écrit pour le magazine Japan Lifestyle de cet hiver. 
Voici donc un aperçu du dossier sur les fantômes japonais que j'ai rédigé, j'espère qu'il vous plaira!






Enfin si vous voulez voir les photos en plus haute définitions pour parcourir le texte : Rendez-vous ici
Et vous pouvez retrouver mes news quotidiennes sur le site web de la revue : Japan Lifestyle

mardi 16 février 2016

Exposition Sumi: « Messages d’amitié aux Français » par l’association Minna-issho


Sumi – Messages d’amitié aux Français est une exposition de peintures et calligraphies organisée par l’association Minna-Issho, afin de remercier les Français pour leur soutien suite aux événements tragiques du 11 mars 2011. Elle se tiendra à l’Espace Japon du 16 au 20 février, et donnera également lieu à diverses démonstrations et ateliers.



Le Sumi peut se définir comme un art de la peinture à l’encre monochrome traditionnelle japonaise, qui obéit à un certain nombre de règles esthétiques comme le ma (le fait de laisser de l’espace autour du dessin) et le nijimi (l’effet d’absorption de l’eau)… il exprime la simplicité par la spontanéité et le contrôle de soi.

Au travers de cette exposition présentant l’univers du Sumi, l’association à but non lucratif Minna-issho souhaitait non seulement montrer les diverses activités mises en place depuis ses cinq dernières années, mais elle tenait également à remercier sincèrement les Français pour leur soutien envers le Japon et sa région sinistrée du Tohoku.

L’association Minna-issho a été établie en avril 2011, juste après le séisme de la côte Pacifique du Tohoku, avec pour lieu principal d’activité la ville sinistrée de Sendai qui se situe dans la préfecture de Miyagi. A l’aide de la calligraphie et du dessin, les participants tentent à la fois d’exprimer leur ressenti des événements tout en effectuant un devoir de mémoire. Les deux slogans de l’association sont donc : « Montrons nos expériences du séisme 2011 par la calligraphie et le dessin » et » N’oublions jamais la catastrophe du séisme de 2011″.

Tout au long de la durée de l’exposition, des démonstrations de calligraphie et des initiations à l’art de l’encre vous seront proposées. Il y aura également de nombreuses activités organisées par les membres de l’association. Vous pourrez par exemple participer à un atelier “petit tako” (sorte de cert-volant japonais), s’associant à l’événement japonais « Rendako emi-mau » (chaînes de cerfs-volants – sourire et danser) qui aura lieu le 16 mars 2016, ou bien encore prendre part à la création d’ema (petite plaque votive en bois, comportant une peinture et dédiée aux sanctuaires), d’origami ou de tenugui…

Pour en apprendre plus sur les activités proposées et les artistes présents lors de l’événement, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de l’Espace Japon.

Information:

Exposition Sumi : Messages d’amitié aux français par l’association Minna-issho
Du 16 au 20 Février 2016
Vernissage: mercredi 17 février de 18h à 20h30
Démonstration du calligraphie : samedi 20 février de 16h à 16h30
Workshop : cert-volant japonais, Ema, Origami ou Tenugui, pendant toute la durée de l’exposition.
Lieu: Espace Japon:
12, rue de Nancy – 75010 Paris
Tél: 01.47.00.77.47
Site: http://espacejapon.com/fr/accueil

Article rédigé pour le site Japan Lifestyle

dimanche 14 février 2016

Spectacle Senkiku – Danse et Musique traditionnelles Japonaises

L’espace culturel Bertin Poirée vous propose lundi soir de vous familiariser avec les arts de la danse et de la musique traditionnels japonais, avec le groupe Senkiku.


Senkiku est un groupe de Nihon buyô (danse japonaise) de l’école Senju, qui fut conçu afin de promouvoir l’art traditionnel japonais à travers le monde. Le spectacle de danse de lundi soir sera interprété selon le style Tokiwazu, où l’accompagnement musical se fait au shamisen (tel qu’on le retrouve dans le théâtre kabuki).

Information:

Senkiku – Danse et musique traditionnelles japonaise
Danse et musique: Einojô Senju
Musique (Chant et Shamisen) : Toyotayû Tokiwazu, Sannosuke Tokiwazu

Le 15 février 2016 à 20h30
Lieu: Association Culturelle Franco-Japonaise de Tenri
8 – 12, rue Bertin Poirée – 75001 Paris
Tél: 01.44.76.06.06 / resa@tenri-paris.com
Site: http://www.tenri-paris.com/

Article rédigé pour le site Japan Lifestyle


samedi 13 février 2016

François Delvard exposé au Nitten

Le Français originaire de Fourmies (dans le département du Nord) François Delvart, est devenu à 46 ans un maître de la calligraphie japonais. Résident actuellement au Japon, ce directeur de l’École de français de Shizuoka est le premier étranger à avoir été sélectionné pour participer à l’Exposition nationale des Beaux-Arts de Tokyo (le Nitten), en décembre dernier. Retour sur un parcours hors du commun.


Édouard Delvart le père du calligraphe, a raconté lors d’une interview donnée au journal La Voix du Nord, les débuts de son fils qui “réalise un parcours exceptionnel” comme il aime à le souligner avec fièreté. « Sa passion pour le Japon, cela lui est venu d’un coup, comme ça. Il était professeur de sports et puis après un voyage dans ce pays, il m’a dit, à 27 ans : C’est là-bas que je veux vivre . Il est parti en 1996 » déclare son père.

Arrivé au Japon le jeune François obtient son cinquième dan de karaté qui lui sera remis par la fédération japonaise, ainsi qu’un diplôme de capacités du plus haut niveau de la langue pour un étranger. Parlant alors courament Japonais et fort de cette seconde distinction, il devient traducteur d’ouvrages officiels, ainsi que de scénarios de films (tel que La Forêt de Mogari, Grand Prix du Festival de Cannes). Il débute ensuite la calligraphie en 1998 sous le nom de Shijun, qu’il étudie au sein de l’association Kenshin (l’une des plus importantes écoles japon).

Seize ans plus tard, le Français a dompté le geste et avoue avoir une préférence « pour les caractères de l’âge du bronze, dits du grand sceau », ou suivant la tradition locale : « L’énergie doit être concentrée au sein de traits fins afin d’exprimer une force ; l’aspect artistique doit être en retenu pour laisser place à un sentiment empreint d’humilité et de déférence par rapport au sacré ». Ses œuvres ont rencontré un véritable succès au pays de soleil levant et après l’exposition au Nitten de Tokyo, elles vont parcourir l’archipel pendant huit mois.

La calligraphie est considéré comme un art véritable au Japon, et son apprentissage n’est pas de tout repos. Véritable chemin de vie, en plus de parfois refaire le geste une centaine de fois avant de trouver la bonne technique, de nombreux autres savoirs sont nécessaires. Il faut par exemple maîtriser la langue, dont les 4 000 Kanji ont évolué au fil du temps, ainsi que les différents styles de calligraphies (au nombres de 5). De plus avoir de solides connaissance de l’histoire du pays, et les grands classiques de la littérature chinoise et japonaise, sont indispensables rappelle François Delvart.

Article rédigé pour le site Japan Lifestyle

vendredi 5 février 2016

Amaryllis

Les petites sirènes aussi font leur retour sur le blog. Si je fourmille d'idée pour cette série qui me tient à coeur, je n'ai pas toujours le temps nécessaire pour les réaliser. 
Aujourd'hui je vous présente Amaryllis, une coquette sirène. C'est une planche que j'avais commencé il y a à peu près un an, mais que j'avais laissé tomber car les couleurs que j'avais utilisées pour le fond, s'étaient diffusées sur le dessin. Finalement après avoir tergiversé, j'ai décidé d'essayer de la terminer malgré tout. 
Et voilà le résultat!  

Amaryllis
29 x 21 cm
Papier Aquarelle Etival - Clairefontaine 300gr - Grain fin
Aquarelle Sennelier 

lundi 1 février 2016

L'E-Tegami qu'est-ce que c'est ?

Comme vous l'avez constaté depuis le début de l'année, je me suis mise à peindre de petits sujets dans un style inspiré de l'e-tegami japonais.
Suite aux diverses questions que l'on a pu me poser concernant cette pratique artistique, j'ai décidé de faire un article sur le sujet, afin de vous présenter plus en détails les caractéristiques de cette peinture.


Un peu d'histoire :
L'e-tegami est une pratique japonaise popularisée dans les années 70 par Koike Kunio, et qui consiste à peindre sur une carte postale un sujet de saison (légume, fleur, fruit, animal...) ou des objets du quotidien, accompagné d'un message manuscrit. Une fois la carte terminée, on l'envoie par la poste à un parent ou un ami proche. Les mots sont donc tout aussi importants que l'image, servant tous deux à transmettre nos sentiments.

La particularité de l’exercice est qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un quelconque talent artistique pour s'y adonner. Il s'inscrit dans l'instant présent, mêlant l'observation de ce qui nous entoure et rapidité d’exécution.

Le matériel traditionnel :


- Les cartes postales de format 10 x 15 cm. Elles sont normalement faites en papier washi, car il est très absorbant. Cette particularité du papier permet de travailler avec des techniques humides, et de laisser la couleur se diffuser d'elle même.

- Les pinceaux chinois, bien souvent en poils de chèvre ou de martre. Leur couronne de poils courts et doux agit comme réservoir et prolonge le noyau formé de poils longs, résistants et aux fines pointes... ce qui permet avec un seul et même pinceau de tracer aussi bien des lignes extrêmement fines que des lignes très épaisses.

- L'encre sumi de chine en bâtonnet (l'encre de chine à la particularité, si elle est de bonne qualité, de devenir permanente une fois sèche).

-  La peintures gansai. Ces aquarelles sont lumineuses, veloutées et très brillantes. Elles ont un taux d'incrustation dans le papier proche de l'indélébile ce qui ne permet pas le repentir, contrairement à nos aquarelles françaises.

- un sceau à son nom pour signer l'oeuvre à l'encre rouge (je suis entrain d'essayer de me faire faire le mien!).

Quelques règles :

L'e-tegami comporte peu de règles, mais il doit combiner certaines caractéristiques propres, qui le distinguent des autres catégories artistiques. 
Tout d'abord il faut choisir son sujet, le plus simple étant de travailler d'après un modèle (objets, fleurs, fruits...) que l'on pose en face de soi. Le sujet peut être représenté en entier ou partiellement, il est ainsi possible de faire « sortir » le dessin du cadre.

L'image se réalise en deux temps :
- On commence par tracer à l'encre de chine et à main levée les lignes de vie (les contours). Il faut les exécuter sans s'y attarder afin de ne pas figer la dynamique de l'image
- Ensuite on met le dessin en couleurs. On veillera à n'utiliser que quelques couleurs, que l'on appliquera suivant la technique du lavis (pigment très dilué). On peut travailler sur un papier washi ou aquarelle, afin de favoriser la diffusion aléatoire de l'eau et de la couleur.

Enfin lorsque le dessin est achevé, on écrit un court message et on le signe. Traditionnellement on signe à l'aide d'un sceau à son nom, avec de l'encre rouge.  il est possible de fabriquer soit même son tampon en gravant une gomme.

Koike Kunio - Père de l'e-tegami :



Koike Kunio est un artiste qui s’était spécialisé dans la calligraphie, avant de se rebeller contre les codes établis par cette tradition ancestrale. De cette rébellion il va créer de nouvelles règles, ou plus précisément « non-règles » qui deviendront la base de l'e-tegami. Et c'est justement par la popularité grandissante pour le travail de Koike Kunio dans les années 1970 que l'art de la lettre peintre va être remis au goût du jour. Son succès est tel qu'aujourd'hui Koike est devenu le président de l’association japonaise d' e-tegami, et qu'un musée entièrement dédié à cet "art" a été érigé.  
Le leitmotiv de l'artiste japonais est : 下手でいい、下手がいい (heta de ii, heta ga ii) que l’on pourrait traduire comme quelques chose du genre : ”La maladresse n'est pas un problème. Soyons maladroits !” La maladresse serait considéré ici comme le reflet des vibrations du corps et de l'émotion de l’esprit devant l’objet admiré et observé. Cette devise empreinte de wabi-sabi a fait les beaux jours de l'e-tegami, puisque de plus en plus de Japonais se sont épris de ce passe-temps agréable et relaxant.


Plus encore, l'e-tegami a conquis le monde entier, et à l'instar de nos Urban Sketchers, il n'est pas rare de voir des occidentaux travailler tous simplement à l'aquarelle et au pinceau à réservoir d'encre. Donc plus d'excuse...il suffit d’observer ce qui nous entoure et de se lancer.

Quelques sites : Pour finir voici quelques sites en Anglais et en Français, où vous pourrez en apprendre plus sur cette pratique!
- Dosankodebbie's Etegami Notebook