jeudi 15 mai 2014

Démonstration - Gravure sur lame de sabre Japonais

Pour l'inauguration de l'exposition Evangelion et les sabres japonais, la MCJP avait eu la bonne idée d'organiser une démonstration de gravure sur lame de sabre.
Maître Munenori Kinôshita, est né en 1968 à Okayama, et exerce depuis plus de vingt ans sous le nom d'artiste "Soufu Kinoshita".


Aujourd'hui maître Kinoshita, l'un des cinq dernier kinkôshi (graveur sur lame) du Japon, va façonner un dragon.

Une croyance ancestrale raconte que les démons (oni), responsables des maladies, prennent peur en voyant leur reflet dans la lame du sabre, et s'enfuient ! Posséder un sabre reviendrait donc à repousser les démons.

Au Japon le dragon est un symbole de divinité, en effet c'est le seul "animal" à pouvoir naviguer entre le ciel et la terre, le monde des hommes et celui des dieux.
On distingue deux sortes de dragons, ceux qui montent de la terre vers le ciel (nobori-ryû) et ceux qui descendent du ciel vers la terre (kudari-ryû).


Il faut savoir que la coutume de faire graver son sabre remonte à l'époque des guerres de clans.
En effet, à cette époque on pensait que graver un nom ou une représentation de divinités décuplait la force de l'arme, ce qui en faisait une protection encore plus efficace.
A cette époque coexistaient également des sabres dits rituels, bien plus travaillés que les sabres utilisés en combat, et sur lesquels pouvait se trouver gravé une prière.
Le sabre pouvait aussi avoir une fonction d'apparat, servant à affirmer la supériorité d'un chef de clan. A cette époque un sabre de grande qualité avait autant de valeur qu'un territoire.
Aujourd'hui encore le sabre reste un symbole fort, et l'on peut voir l'Empereur en porter un à sa taille lors des cérémonies officielles.

Pour réaliser le motif, Mr Kinoshita utilise la technique traditionnelle dite wabori, qui consiste elle à graver vers soi, et non vers l’extérieur comme le préconise les méthodes classiques de gravure. La raison de cette particularité est simple, c'est la dureté de la lame qui rend les mouvements habituels impossibles


Mr Kinoshita travaille à l'aide de petits burins et d'un maillet. Il faut déjà deux ans d'apprentissage pour apprendre à aiguiser son burin, plus encore cinq autres années de formation pour la gravure.

L'apprentissage pour devenir kinkôshi est exigent, mais c'est parce que la graveur a une lourde responsabilité sur les épaules.
En effet la fabrication d'un sabre japonais est une oeuvre collective, qui fait appel à divers corps d'artisanat, entre autres :
     - tôsho (forgeron)
     - togishi (polisseur)
     - sayashi (fabricant de fourreau)
     - tsubako (fabricant de garde)
     - nirishi ( laqueur)

Le graveur intervient en dernier lieu. Afin de ne pas gâcher la lame, les matériaux nobles utilisés et le travail de ses confère, il doit donc faire preuve d'un grand savoir-faire et de beaucoup de concentration.


Actuellement au Japon, il ne reste que cinq graveurs en activité pour 250 forgerons. Mr Kinoshita, inquiet quand à l'avenir de sa profession, cherche donc un apprenti, quelle que soit sa nationalité. Lorsque l'on demande à celui-ci quel sont les qualités primordiales pour effectuer ce métier, il répond très sérieusement qu'il faut être capable de rester assis plus de huit heures consécutives, et que si l'on est moins doué qu'un autre ce n'est pas grave il suffit juste de s’entraîner encore plus afin de progresser... une réponse typiquement japonaise !


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- MCJP

mercredi 14 mai 2014

Exposition - Evangelion et les Sabres Japonais

Des sabres datant des époques  Kamakura (1185 - 1333) et Edo (1603 - 1868) exposés au milieux de figurines grandeurs nature issus de l'une des séries d'animation les plus populaires au monde...
Ici la tradition ancestrale s’apprécie aux cotés d'une modernité futuriste post-apocalyptique.



Si le rapprochement de ces deux thèmes autour d'une seule et même exposition peut paraître incongru, la foule venue pour l'inauguration l'est tout autant, tant celle-ci est hétérogène. Ici nous allons de surprises en surprises et le fan d'anime côtoie l'expert avisé en culture orientale ou l'amateur d'armes blanches.

Pourtant l'idée de cette exposition itinérante, qui a sillonné l'archipel nippon avant d'arriver jusqu'à Paris, n'est pas due au hasard, mais bien à une réelle interrogation sur la place et l'avenir de l’artisanat japonais au sein de la société actuelle. Réalisée avec le soutient du "Bizen Osafune Japanese Sword Museum" (l'un des musées les plus réputés en la matière), de nombreuses armes au design futuriste inspiré de l'anime furent crées spécialement pour l’événement par les plus grands maîtres artisans japonais selon les techniques ancestrales.

Mais plus qu'un long discours sur les similitudes entre la production d'un anime et celle d'un sabre, nécessitant toutes deux travail collectif, savoir faire et créativité de la part des multiples collaborateurs...reflet de l’âme et la sensibilité de ses artisans mais également celle du Japon...  voici plutôt quelques images de notre visite :

(Petit panneau surprenant avant d'entrée dans l'exposition. 
Non, définitivement la MCJP n'est pas un musée comme les autres)

Et voici l' EVA-01 qui accueil le public! 




Tout au long de l'exposition de nombreuses explications sur les sabres traditionnels étaient données.
Ici un panneau présentant les différentes pièces composant un sabre (à gauche), ainsi que des croquis de recherches pour l'anime. Ici une étude pour la "Lance de Longinus" (à droite).
La reproduction de l'arme exposée qui mesurait près de 3 mètres, était vraiment une des pièces les plus impressionnante de l'exposition. (Mais très difficile à photographier vue le monde présent) 

Sabre "Uchigatana" avec fourreau en peau de raie recouverte de laque - Epoque Edo 

 le Counter Sword de l'EVA - 01

Les sortes de vagues visibles sur la lame sont dues au fait que seul le tranchant de la lame a été trempé, créant ainsi des contraintes mécaniques internes spécifiques

Armure - époque Edo

Quelques uns des sabres sont conçus suivant le modèle "classique", mais s’harmonisant et évoquant les diverses armures EVA. Ceux-ci présentaient un réel défi pour les artisans japonais qui ont du notamment créer des laques très colorées pour les fourreaux, comme cette couleur jaune-orangée très vive.

Katana inspiré du personnage de Nagisa Kaworu.
Une des particularités de ce sabre réside au niveau du Tsuba (garde) en métal, qui fut ensuite recouvert de bois, avant d’être laqué, ce qui a permis d'obtenir un rouge vif. 

Tachi inspiré du personnage de Rei

Lame gravée où y est représenté un "dragon montant" (nobori ryû). 
Les symboles gravés sur les armes des samouraïs faisait souvent office de "dieux protecteurs".



La peau de raie, constituait l'un des matériaux couramment utilisé à l'époque Edo, pour fabriquer des fourreaux et poignées de sabres, car elle constituait un revêtement anti-dérapant. 

Enfin l'un de mes petits chouchous. 
Absolument girly, il semble petit plutôt léger et assez maniable..bref je l'adopterais bien. 

Nous avons malheureusement parcouru l'exposition quelque peu au pas de charge, car nous étions attendu après pour la conférence sur la gravure sur lame, et nous ne nous étions pas douté de l'engouement que l'exposition pourrait susciter dès son premier jour. Ce qui explique la mauvaise qualité de mes photo et le peu de notes que j'ai pu prendre. 
Je regrette également que les tsuba, tsukamae, koshirae, etc., tout comme les échantillons de laques, bois et instruments étaient présentés en vitrine (pour des questions de sécurités évidentes) avec un éclairage plongeant rendait la prise de vue difficile. Ce qui est dommage, car il y avait des pièces dignes des plus grands orfèvres.   

Avant de vous compter quelques anecdotes sur la gravure sur sabre, vous laisse en compagnie d'Asuka et Rei.



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mardi 13 mai 2014

Exposition - "Pays de Neige"

Le 30 avril dernier Eloïc et moi étions à la Maison de la Culture du Japon à Paris, 
pour l'inauguration de l'exposition "Evangelion et les Sabres Japonais".
En marge de ce gros événement se tenait également une toute petite exposition sans prétention,
mais qui méritait aussi d'aussi d'avoir son article.

Il s'agit des résultats du concours organisé par la ville d'Echigo Yuzawa, autour du roman de Kawabata : "Pays de Neige", qui se déroule dans cette même station thermale.


Le Dô-Ga : (ou "Image de la candeur") est un style de peinture issue des livres d'illustrations pour enfant, qui émerge dans les années 20. Au fil des ans ce genre prend tellement d’ampleur qui finit par être reconnu comme un genre pictural à part entière, caractérisant les peintures au style mignon et naïf, à mi chemin entre l'imagination, l'enfance et la symbolique.

Shiro Kawakami : est un des pères fondateurs du Dô-Ga, qui vécu durant 70 ans à Echigo Yuzawa.

Yasunari Kawabata : est un écrivain du XXe siècle, dont ses œuvres les plus connues en Europe sont "les Belles Endormies", "Pays de Neige", "Le Grondement de la Montagne". 
A son écriture minimaliste et dépouillée s'ajoute des thèmes récurrents comme la quête du beau, la mort ou la solitude...  lui conférant un style unique et inimitable. 
Il obtient le Prix Nobel de Littérature en 1968.

Chaque année la ville d'Echigo Yuzawa, où se déroule le roman Pays de Neige et dont est originaire l’illustrateur Shiro Kawakami, organise un concours de Dô-Ga, sur le thème de l'enfance et de la nostalgie du pays natal en hommage à son célèbre peintre.

Cette année, nous avons la chance de voir exposées à Paris les illustrations de Shiro Kawakami, autour du roman pays de Neige, ainsi que les œuvres lauréates du Concours Echigo Yuzawa sur le même thème.






Voici donc deux de mes illustrations favorites issues de ce concours :






Ainsi que quelques unes réalisées par Shiro Kawakami, pour lesquelles j'ai eu un réel coup de coeur :






C'est une petite exposition qui est passée presque inaperçue, et dont on a peu parlé,
pourtant c'est un style pictural qu'on a pas réellement l'occasion de pouvoir admirer en France.
On pourra donc remercier la Maison de la Culture du Japon pour cette belle initiative,
en espérant d'avoir d'autres manifestations de ce genre prochainement.

J'espère que cet article vous aura donné envie d'en savoir plus sur le Dô-Ga,
n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce style, et si vous le connaissiez...


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